Me Bernard Gousse : » Et la honte dans tout cela? »

Published On November 25, 2022 | By Charité Thélot | Nouvelles

Depuis le 12 septembre, le pays est paralysé et asphyxié. Les écoles n’ont pu rouvrir, les entreprises ont fermé, jetant leurs employés sur le carreau. Les produits de base sont devenus inabordables. Et la population forcée de garder la maison n’ose prendre les rues de peur d’être kidnappée. La capitale est de plus en plus étranglée par les gangs qui sévissent dans des quartiers jusqu’ici réputés tranquilles. Et voilà qu’un beau jour, faisant preuve de sa mansuétude, l’homme « recherché » par la police depuis des années, visé par des sanctions internationales cosmétiques, annonce ouvrir la voie pour qu’à nouveau le carburant soit disponible. Et l’on s’apprête à reprendre le cours normal de la vie, comme si de rien n’avait été ? Je n’ose y croire !

Si tel était le cas, cela voudrait dire que le véritable et seul dirigeant du pays s’appelle Jimmy « Barbecue » Cherizier qui décide des vies, des biens, de nos allées et de nos venues. Celui dont les décrets promulgués sous forme de vidéos ont préséance sur les déclarations des autorités…. de pacotille. Quand on sait le nombre de personnes qui n’ont pu être sauvées faute de pouvoir contribuer en carburant au fonctionnement des hôpitaux, quand on sait le nombre d’enfants dont le cerveau est à l’arrêt faute de pouvoir aller à l’école, il est indignant de constater que le sort de dix millions de personnes est suspendu aux fantaisies d’un porte-flingue et de ses acolytes dépenaillés.

Et ceux qui prétendent gouverner roulent carrosses, certains d’entre eux sont auréolés de réputations sulfureuses, d’autres débarqués des avions. Ils n’en ont cure et leurs collègues dépourvus d’odorat s’assoient à leurs côtés à la table du conseil des ministres. Et la honte dans tout cela ?

À la faveur des derniers évènements, le fonctionnement mafieux de certains membres de l’élite économique est démasqué, leurs liens avec les gangs qu’ils arment sont dévoilés. Mais ils continuent d’être reçus dans les salons des gens de bien. Expression d’ailleurs à redéfinir. Et la honte dans tout cela ?

Et nous ? La population va tranquillement reprendre le cours de ses activités sans que ceux qui l’ont tant souffrir aient à rendre compte de tant de peines, de tant de morts ? Ce serait trop facile. Et si cela se fait, alors honte à nous !

Pour l’éviter, qu’une voix puissante et collective réclame des explications et dérange le confort méprisant des responsables, où qu’ils se vautrent ! Il ne faut pas se laisser prendre en otage d’une rhétorique qui tend à faire croire que les manifestations des rues ne sont le fait que des gangs alimentés par des intérêts mafieux qu’il faut mater par la force. La perversité de ce discours réside en ce  que tout futur mouvement de foule motivé par la cherté de la vie, le refus des nouveaux prix du carburant, l’angoisse de parents aux abois, le désespoir de jeunes sans futur, pourra être légitimement réprimé par les forces internationales que l’on invite chez nous. L’argumentation du gouvernement révèle sa perversité diabolique en délégitimant à l’avance toute expression de mécontentement populaire, les forces internationales venant à l’appui de son maintien au pouvoir. Qu’on y prenne garde !

D’ailleurs, il est facile de taper sur les gangs. C’est la mode d’éreinter un gouvernement. Mais, notre passivité, notre résignation doit avoir une limite, alors qu’est en jeu notre survie même en tant que collectivité, alors que sont méprisés nos besoins élémentaires de sécurité physique et alimentaire. Notre implication doit se faire collective et ne pas se limiter aux indignations de salon ou aux « likes » adressés aux rares audacieux qui s’expriment. Éric Jean-Baptiste  assassiné est présenté comme le philanthrope de Carrefour, et même pas dix personnes à Carrefour pour manifester leur colère et célébrer sa mémoire ‼

Les gangs envahissent des quartiers huppés dont chaque maison possède au moins une arme. S’ils se mettaient ensemble, les riverains de ces quartiers ne pourraient-ils pas créer une force de résistance contre le danger qui ne manquera pas de frapper à leurs portes ? Si on ne peut s’organiser pour défendre son quartier, comment regarder sans honte sa femme et ses enfants apeurés ?

On rédige courageusement des notes presse à l’adresse d’un gouvernement qui ne les lit pas. On s’avilit à se procurer un carburant de contrebande. Cela ne va pas plus mal tant qu’on peut aller au « market ». Quand certains prendront-ils conscience que les préjugés et l’insensibilité à la misère nourrissent les haines et les ressentiments ? Jusqu’à quel degré d’avilissement faudra-t-il arriver pour espérer un sentiment de révolte ? Peut-on appliquer le mot élite à un groupe qui ne crée pas de structure même pour sa propre santé, car ayant acheté l’espoir d’un avion ambulance qui un jour n’atterrira pas ? Peut-on appliquer le mot élite à un groupe qui n’investit pas dans des universités ici-même pour l’éducation de ses propres enfants ? Le moment n’est pas lointain où il devra rendre compte de son aveuglement. Pendant ce temps, on trinque et, sur les pelouses manucurées on danse, sur un volcan au bord de l’éruption. Et quand il n’y a plus d’essence, à la véritable implication, on préfère la fuite en annonçant fièrement qu’on n’en peut plus et qu’on s’en va « prendre un break » à Miami ou à Santo Domingo. Et la honte dans tout cela ?

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