Plaidoyer pour la création d’un fonds de soutien au sport national

Published On June 27, 2019 | By Charité Thélot | Nouvelles

Avec le Gold Cup, c’est l’euphorie au niveau de la diaspora haïtienne, surtout chez les Haïtiens résidant aux Etats-Unis d’Amérique. L’équipe de football masculine haïtienne a réussi un exploit en gagnant ses trois matchs de groupe. Elle aura à affronter le Canada en quart de final à Houston, ville dans l’état de Texas le Samedi 29 Juin.

Nous avons eu un échange hier avec deux dirigeants de la Fédération Haïtienne de Football qui nous a expliqué en détail les difficultés rencontrées par la FHF pour permettre à Haiti d’être partie prenante des compétitions régionales et internationales. Le Comité Olympique haïtien n’a pas caché son amertume également, face à son sous-financement. Ce que je vais écrire dans ce texte n’a rien à voir avec les principes de gestion publique. Dans le meilleur des cas, c’est l’Etat qui finance les activités sportives, les équipes nationales.

En Haiti, l’Etat n’existe pas ; mais cela n’empêche qu’il y a des athlètes, des sportifs et des équipes qui font de leur mieux pour répondre à l’appel et participer à des compétitions internationales. Depuis la chute de la dictature, nous avons toujours des difficultés à financer le sport national. Ce qu’on appelle de nom « l’Etat » ne s’intéresse pas au sport, voire faire de lui une priorité nationale. Certains pays comme le Cuba, la Jamaïque, la République Dominicaine, le Brésil, l’Argentine pour ne citer que ceux-là utilisent le sport comme arme diplomatique pour se positionner sur le plan international et redorer leur blason. Haiti comme tout autre pays de la Caraïbe cherche à tirer son épingle dans des compétitions  internationales. Mais, il faut une vision établie et claire pour utiliser le sport comme arme diplomatique.

Dans mon jeune âge en Haiti, je prenais plaisir à assister durant l’année scolaire à des compétitions de Volley-ball, de Basket-ball, d’athlétisme, de ping-pong, d’arts martiaux et de Football. Quand je remonte le temps pour regarder la performance de certains de nos sportifs, je me dis que ces derniers n’avaient rien à envier à de grands sportifs qui ont marqué l’histoire du sport dans le monde. Haiti a pu participer à une seule coupe du monde ; mais avons-nous cessé de jouer au football depuis 1974 ?

Non. Durant ces dix dernières années, la pratique du Football, du Basket-ball et des arts martiaux a beaucoup évolué. Nous avons des jeunes qui sont très talentueux ; mais faute d’encadrement, ils ne peuvent pas briller comme ils devraient. Le Football est le sport roi en Haiti, malheureusement, nous n’avons pas un championnat national digne de ce nom. Les footballers haïtiens sont atrophiés. Je salue le courage du Dr. Yves Jean Bart qui ne fait pas l’unanimité, mais, qui durant ces 15 dernières années a pu placer le football haitien sur un piédestal. La Fédération Haïtienne de Football a mis en place un programme pour encadrer des enfants, des adolescents qui a donné fruit. Plusieurs jeunes footballeurs ont pu obtenir des contrats grâce à la diligence de la FHF.

Aujourd’hui en Haiti, nous avons des cadres qui ont fait des études avancées dans la gestion sportive. Je suis plus que convaincu que le sport peut permettre à Haiti de projeter une autre image de soi beaucoup plus positive sur la scène mondiale. Aujourd’hui, nous voulons faire un plaidoyer auprès de nos compatriotes, surtout ceux qui résident à l’étranger pour favoriser la création d’un fonds de soutien pour le sport national.

Depuis Lundi soir, je pensais à l’idée de la mise en place d’un fonds de soutien pour le Football haitien. Hier au soir, j’ai écrit une petite note sur la victoire historique des grenadiers sur l’équipe Costaricaine et beaucoup de gens m’ont encouragé à rédiger un petit texte pour demander à nos compatriotes de supporter cette équipe qui doit continuer à se fortifier et qui peut même être qualifiée pour une coupe du monde. Ce matin, notre compatriote Jasmire Gaetan a fait un commentaire assez positif et a soutenu l’idée de la création d’un fonds de soutien pour le football haitien et le sport en général. Nous voulons profiter du momentum pour lancer cette idée. Un mois seulement suffit pour rassembler une équipe de professionnels compétents et honnêtes  pour créer un fonds de soutien pour le sport national. Je vis ici aux Etats-Unis d’Amérique et je vois comment les citoyens américains sont engagés dans toutes sortes d’activités.

L’Américain croit qu’après avoir payé ses bordereaux, il doit mettre de côté un peu d’argent pour supporter toutes sortes d’activités qui peuvent assurer le bien-être de sa communauté et rehausser l’éclat de son pays. Nous autres Haitiens qui vivent en Amérique du Nord, si comme les Américains, nous voulons réaliser le rêve américain, mais nous refusons de marcher sur les traces de ces derniers qui supportent leur pays. Je ne fais aucune comparaison entre les Etats-Unis d’Amérique et Haiti. Je souligne tout simplement le comportement proactif du citoyen américain qui est prêt à tout faire pour supporter son pays. Nous refusons de nous rassembler pour réviser notre vision restreinte de la chose publique. Nous refusons de cesser toute collaboration avec les ennemis d’Haiti pour prendre en mains notre destin.

La politique nous divise, la religion nous divise ; mais seul le sport est capable de nous rassembler. Le Football est le sport roi en Haiti et quand notre sélection, qu’elle soit masculine, féminine performe bien, nous avons cette fierté qui nous pousse à embrasser le bicolore national. J’ai été surpris Lundi soir, car plus de 30 mille Haitiens ont fait le déplacement à New Jersey pour supporter les grenadiers.  Tout de suite après le match, les compatriotes ont investi les rues adjacentes au stade pour danser. Je n’ai jamais vu autant de drapeaux haitiens, de maillots frappés de l’image du bicolore haitien. Aucune organisation n’a fait la promotion de ce match. Les compatriotes suivaient l’actualité et décidaient d’acheter leur ticket et de se présenter au stade. Le match de ce Lundi 24 Juin a montré à plus d’un que les Haitiens peuvent se mobiliser et peuvent s’organiser.

Il nous manque un leadership éclairé et transformationnel. La diaspora peut s’organiser et finira par s’organiser. Nous croyons qu’en faisant le plaidoyer pour la création d’un fonds de soutien pour le sport national, nous visons la mise en commun, le rassemblement pour former l’intelligence collective. Le sport peut nous unir. Les Haitiens de l’intérieur peuvent s’unir aux Haitiens de la diaspora pour redorer le blason d’Haiti dans le domaine sportif. Les Haitiens de la diaspora doivent réaliser que l’Etat haitien est éffondré, en faillite et que personne ne gouverne ce pays. En attendant que les acteurs de l’intérieur trouvent un modus operandi pour appliquer la formule : L’Union fait la force que l’Empereur Jean Jacques Dessalines avait bien essayé pour réaliser 1804, nous les bien-pensants de l’intérieur et de la diaspora peuvent montrer la voie aux politiciens.

Nous devons nous assurer que toutes les fédérations sportives dans le pays marchent et nous devons d’abord apporter un support technique à ces fédérations afin de les aider à mettre en place une vision digne de nos espérances. L’Haitien ne cesse d’être un être fier et digne parce que des malfrats décident de prendre un pays en otage. C’est cette démarcation que nous devons toujours faire. Les acteurs politiques, économiques, sociaux, religieux, internationaux passeront, mais le pays demeurera. Ce que je propose ici, est que des citoyens prennent note que les dirigeants au niveau de l’Etat failli sont moribonds et sont incapables d’accomplir quoi que ce soit, ils s’érigent en guerriers Bizangos pour sauver ce qui peut être sauvé et ce qui peut ranimer la flamme de la fierté haitienne.

Je veux rester en dehors des attaques personnelles ; mais je dois souligner qu’une victoire des Grenadiers ce Samedi face au Canada pourra avoir une incidence positive sur la crise qui secoue le pays. Nous avons besoin d’un fonds de soutien pour financer le sport national. Nous ne parlons pas de fonds d’investissement. Nous parlons d’une somme d’argent que nous allons rassembler pour financer les activités sportives dans le pays : la formation et prise en charge des athlètes, supporter les différentes fédérations sportives, financer la participation de nos athlètes, de nos équipes nationales à des compétitions régionales et internationales ; verser des primes de match, etc.

Durant ces vingt dernières années, des compatriotes ont organisé des levées de fonds, mais ces initiatives individuelles ne sont pas pérennisées. Aujourd’hui, nous voulons que des citoyens qui se considèrent être des patriotes puissent s’asseoir pour prendre en mains le sport en Haiti. Nous avons des organisations crédibles dans la diaspora, nous avons des hommes et des femmes honnêtes et intègres au sein de notre communauté ; nous pouvons nourrir ce projet qui consiste à permettre à Haiti de redorer son blason sur la scène mondiale par le sport. Nous proposons que des amants du sport : football, tennis, basketball, volley-ball, arts martiaux, ping pong, etc. se réunissent et commencent à réfléchir en coordination avec les fédérations nationales et le Comité Olympique Haitien.

De cette réflexion, un comité de coordination finira par être mis en place et ce comité se chargera de choisir des ambassadeurs au niveau de la diaspora pour vendre ce projet. Des professionnels de la finance et des gestionnaires seront choisis pour monter ce fonds de soutien qui sera une initiative collective de la diaspora haitienne et des fédérations sportives et du Comité Olympique Haitien. Nous pouvons utiliser les médias traditionnels, les médias en ligne et les réseaux sociaux pour faire la promotion de ce fonds. Nous devons permettre à tout un chacun de contribuer. Aujourd’hui, nous avons une multitude d’applications pouvant effectuer des transferts de fonds. Le comité de coordination se chargera chaque trimestre ou comme il sera défini de donner un compte rendu au grand public. Je crois que l’image de racketteur de l’Haitien doit être effacée. On peut empêcher à Haiti de recouvrer sa liberté momentanément, mais on ne peut pas empêcher à des sportifs de mettre en exergue leurs talents et de montrer aux élites perdues et insouciantes de ce pays comment appliquer la formule gagnante : l’Union fait la force.

Les Haitiens auront à créer des fonds de soutien pour plusieurs d’autres champs : santé, éducation, entreprenariat, agriculture, agro-industrie, tourisme, etc. Certains fonds seront des fonds d’investissements. Il revient aux Haitiens de financer la construction d’Haiti. Nous devons commencer quelque part. Aujourd’hui, nous devons saisir le momentum que nous offre la Sélection Nationale masculine. Nos compatriotes n’auront pas seulement à contribuer au fonds, ils peuvent aussi acheter des tenues sportives, des memorablias, des drapeaux, et d’autres objets. Je m’adresse à des compatriotes qui croient qu’Haiti peut se relever et sortir de l’ornière du marasme. Lundi soir quand je regardais ces vidéos traduisant des moments de liesse, je me suis dit qu’il y a de l’espoir pour Haiti. Des Haitiens venant de différents états : New York, Massachussets, Maryland, Delaware, Virginia, Connecticut, Rhode Island se sont convergés vers le stade Red Bull à New Jersey pour supporter les Grenadiers. Les Haitiens sont capables de se mobiliser et le souffle patriotique est présent. J’interpelle avant tout les retraités de la diaspora qui ont du temps et de l’expérience, et dont nombre ont prouvé qu’ils sont intègres et honnêtes pour mener ce combat sur le front diplomatique. Nous n’avons pas d’armes de guerre, mais nous avons une jeunesse vibrante tant en Haiti que dans la diaspora. Quand je regarde cette équipe, je vois des jeunes qui se réclament d’Haiti et qui sont fiers d’être Haitiens malgré toute la mauvaise presse que nous recevons en ce moment.

Nous devons cesser de traiter nos jeunes athlètes comme des débris. Certaines fois, les athlètes sont stressés et ne peuvent pas penser à la compétition parce que l’argent pour payer l’hôtel, pour payer la nourriture, les frais de transport n’est pas disponible. Il y a un complot ourdi contre Haiti. Nos ennemis veulent montrer au monde entier que nous ne sommes que des barbares qui ne pouvons rien construire. Nos dirigeants et nos politiciens décident consciemment de renforcer cette perception. Il revient à nous, bien-pensants d’envoyer un autre signal et de présenter une autre image du pays. Haiti ne pourra pas résister sans sa diaspora. La diaspora doit agir. Créons ce fonds de soutien pour le sport national afin de permettre à ces jeunes athlètes talentueux de représenter le pays dignement à l’échelle mondiale. 45 ans de cela, des jeunes ont représenté Haiti à Munich dans la coupe du monde, ces images continuent à ranimer la flamme de la dignité dans la psyché des Haitiens.

Aujourd’hui, nous avons des jeunes sportifs talentueux qui peuvent faire de grands exploits. Cette équipe de football a encore quelques bonnes années devant elle et peut offrir à Haiti une autre opportunité d’être présent à nouveau à une coupe du monde. Encadrons nos sportifs. Pensons hors de la boite. Ann sipòte sa k ap bon pou nou ! Faisons du fonds de soutien pour le sport national, une réalité ! Que Vive Hayti !

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