Le créole, vecteur d’intégration nationale ?

Published On October 9, 2017 | By Charité Thélot | Nouvelles

Le mois d’octobre est consacré Mois du créole, notre langue maternelle, officielle, et que nous partageons, avons en commun avec des millions de caribéens, d’antillais. A cette occasion, Forum a invité le samedi 7 octobre les linguistes et académiciens (membres de l’Académie du créole haïtien), le pasteur et écrivain Pauris Jean Baptiste, Luna Gourgue et Pierre Michel Chéry à débattre du créole comme facteur d’intégration, du rôle et de la mission de l’Académie du créole haïtien. A quel point cette langue, qui est la nôtre, celle d’unité nationale, est-elle un facteur d’intégration ? En quoi les millions de créolophones ne sont pas intégrés dans leur propre pays ? Sommes-nous devenus des immigrants dans notre propre île ? Existe-il toujours des préjugés contre le créole, contre ceux qui le parlent ? Est-il une langue officielle ? Jouit-il pleinement de ce statut à côté de la langue française, langue dominante ?

Le président du conseil de l’Académie du créole haïtien, Pauris Jean Baptiste, a d’entrée expliqué le rôle et la mission de cette institution prévue par la Constitution et qui est entrée en fonction il n’y a pas longtemps : donner à la langue créole sa véritable place dans la société et d’être un vrai vecteur d’intégration. Car, poursuit l’académicien, le créole est la 3e langue parlée dans la caraïbe, après l’espagnol et l’anglais. Plus de 16 millions d’Haïtiens le parlent, martèle-t-il ! Le rôle de l’Académie, ajoute l’académicienne Luna Gourgue, est de garantir les droits linguistiques du peuple haïtien en vue de son intégration nationale. Pour elle, la langue constitue l’un des droits sociaux, culturels, voire économiques. En acquérant pleinement ces droits et en en jouissant traduirait, selon son collègue Pierre Michel Chéry, l’intégration même. D’où le rôle de transformation sociale auquel aspire l’Académie du créole haïtien.

Comment le créole pourrait-il aider à l’intégration nationale ? A bien comprendre les intervenants, le créole, quoique parlé par tous les Haïtiens, continue d’être marginalisé, traité en seconde langue voire inexistant dans des sphères sociales, de pouvoirs publics, dans l’enseignement. Le créole est totalement absent dans nos textes de lois qui sont écrits en français. Il est la langue du droit ! Les discours officiels n’en font guère état même quand les candidats s’expriment  en créole avant leur accession aux postes politiques, électifs. L’enseignement se fait en français, la majorité des ouvrages s’écrivant dans la langue de l’ancien colon. D’aucuns constatent que les causes déterminantes de notre échec scolaire proviennent du français, langue que ne maîtrisent pas la majorité de nos élèves, voire nos étudiants. Les lacunes en français ont également des conséquences sur l’avenir de nos élèves qui réussissent à décrocher leurs diplômes de bac. Ils n’arrivent pas parfois à s’orienter vers des filières professionnelles, de recherche dont ils rêvaient, à cause de la non maitrise du français. Les invités de Forum semblent être d’avis que l’enseignement se fasse en créole, car seule une infime minorité parvient à parler le français ou à s’adapter à ce bilinguisme. Tout en se refusant à ériger le créole contre le français, l’Académie travaille plutôt à ce qu’il n’y ait plus de blocage contre lui.

Mais le bilinguisme n’est-il pas encore possible ? Ne faudrait-il pas un véritable aménagement linguistique ? N’est-il pas réussi ailleurs ? Pourquoi la majorité de nos élèves n’arrivent-ils  pas à maitriser le français après 17 ans d’apprentissage à l’école ? Cet échec scolaire n’est-il pas plus linguistique, mais sociétal ? Des questions auxquelles auraient dû répondre les invités mais qui ne leur ont pas été posées, malheureusement !

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